iDorian
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Le télétravail comme nouvelle forme d’organisation par défaut

À la croisée de la mondialisation, du flux tendu et des nouvelles technologies, voilà qu’arrive en trombe le désormais fameux « télétravail », pour le meilleur et surtout pour le pire.

À l’origine promu comme un mode d’aménagement du territoire dans les années 70, c’est seulement depuis les années 2000 que le télétravail s’inscrit véritablement dans une stratégie d’entreprise, en incarnant un véritable projet organisationnel.

Désignant une organisation du travail particulière et à part entière, c’est-à-dire l’exercice d’une activité professionnelle, en tout ou en partie à distance – donc en dehors de l’endroit où le résultat du travail est normalement attendu, c’est principalement grâce aux NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) que le télétravail a pu prendre son essor.

Englobant tous les nouveaux modes de travail permis par l’outil informatique, le télétravail s’effectue à domicile, au sein d’un télécentre, d’un bureau satellite ou tout simplement de manière nomade.

Plus répandu dans le secteur privé, dans le cadre du travail salarié, mais aussi dans le cadre du télétravail indépendant, les vertus du télétravail commencent à poindre dans la fonction publique.

Ses nombreux avantages ne manquent pas d’être mis en avant : il serait bon pour la planète mais également pour celui qui l’exerce : gain de temps, gain d’argent, réduction du stress, amélioration de la conciliation vie professionnelle/vie personnelle, gain de productivité…

Dans un contexte où la relation entre l’environnement de travail et le bien-être des salariés est indéniable, on observe pourtant que l’émergence de nouveaux modes et nouveaux espaces de travail ne suscite pas le même engouement chez tous les salariés (un problème générationnel, avant tout).

Et même si les français se dopent pour supporter leur boulot, et même si l’inutilité des réunions n’est plus à prouver, et même si l’open space commence à montrer ses limites, la France a encore des progrès à faire en matière de renouvellement des modes de travail (d’autant plus quand on sait que la France, cette conservatrice revêche, est impossible à réformer).

La relation qu’entretient la France avec le télétravail est d’ailleurs ambiguë : 71% des entreprises françaises autorisent le télétravail et 26 % des actifs y sont éligibles (selon la Fondation Concorde), ce qui représente environ 6,7 millions de travailleurs, en devançant de par ce fait l’Allemagne et la Grande-Bretagne et seulement 26% des sociétés hexagonales interdisent la pratique.

Même s’il existe un lien direct entre flexibilité sur le lieu de travail et productivité de l’entreprise (selon 24 000 professionnels du monde entier), il n’en reste pas moins que les employeurs n’ont pas confiance, les actifs les plus âgés s’y opposent catégoriquement (les habitudes ont la vie dure tandis que la technophobie prend souvent le pas) et plus généralement, télétravailler à temps complet n’intéresse pas les Français.

En outre, le besoin de lien social renforce la nécessité du « bureau », tandis que les nouvelles méthodes de management ont du mal à s’articuler autour d’un nouveau mode d’organisation du travail, sans parler de certaines tâches qui nécessiteront toujours une présence physique. Et c’est sans compter sur l’énorme frein culturel que constitue le syndicalisme en France, véritable cancer de l’entreprise, qui au-delà de s’immiscer dans la stratégie interne dans la défiance et l’opposition (souvent infondées).

Au-delà des perception partagées et discutable, la face cachée du télétravail, elle, est bien réelle. Dans un rapport intitulé « Travailler en tout temps, en tout lieu: les effets sur le monde du travail » rédigé conjointement par l’OIT (Organisation internationale du travail) et Eurofound, une agence de l’Union Européenne, même si les bénéfices sont mis en évidences, ses inconvénients et ses risques sont nombreux.

D’abord, sur un plan anecdotique, le télétravail commence peu à peu à vider les bureaux (du moins Outre-Atlantique). Automattic, la société derrière le célèbre CMS WordPress, en a récemment fait l’amère expérience. Se pose alors la question des bienfaits en matière d’aménagement ? Quel intérêt de migrer le travailleur à domicile si la désertion de locaux n’en est que la résultante ? Quid de ce qu’adviendront lesdits locaux après l’effet de mode Silicon Valley (surtout à grande échelle) ?

En outre, le télétravail s’avère entraîner un allongement et une intensification du temps de travail, un chevauchement entre travail rémunéré et vie personnelle, et peut provoquer haut niveau de stress et insomnie chez ceux qui le pratiquent. Les inégalités en matière d’avantages sont également à noter : les télétravailleurs à domicile et travailleurs nomades ne tirent pas les mêmes bénéfices (les nomades étant beaucoup plus exposés aux répercussions négatives du télétravail, qui impactent directement leur santé et leur bien-être). Depuis peu, le droit à la déconnexion a d’ailleurs fait son entrée dans le code du travail.

Enfin, un aspect moins pris en compte et pourtant essentiel constitue la clef de voûte du télétravail : les outils collaboratifs. Dans un contexte où le BYOD est la norme, où les cyberattaques sont légions et où la digitalisation des entreprise française est à la peine, seuls des outils véritablement adaptés au travail collaboratif en ligne (lire l’article) peuvent véritablement renforcer la démocratisation du télétravail.

 

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.