iDorian
Triangles

La symbolique du triangle à travers les âges

Du point de vue de l’image et de la communication visuelle, le triangle traverse les époques sans vraiment vieillir. Au-delà d’une simple figure géométrique, le triangle recèle bien des mystères…

En tout début d’année, j’ai travaillé pendant quelques temps sur un projet visuel, qui n’a malheureusement pas abouti (pour le meilleur et pour le pire, Maxou, si tu nous regardes !). Je trouve vraiment dommage que mes notes dorment sur un coin de table (surtout au vu des heures passées à rechercher les moindres détails sur le triangle dans le design) alors qu’elles pourraient profiter à tous. Je vous propose donc de les parcourir, de vous en inspirer, de vous laisser transporter… et accessoirement de vous coucher moins bête ! Les présentes recherches sont sourcées à travers le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (Trésor et Littré), l’Encyclopédie Universelle, Wikipedia, sur l’oeuvre de Guy Schoeller, et sur mes cours d’Histoire de l’Art et de Civilisation. Bonne lecture !

Dérivé du latin triangulus, composé de angulus « angle » et du préfixe tri- « trois », le triangle se définit simplement comme une figure géométrique, un polygone plan a trois côtés, et donc à trois sommets (cf. géométrie euclidienne).

Le symbolisme du triangle recouvre celui du nombre trois. Il ne peut être pleinement dégagé qu’en fonction de ses rapports avec les autres figures géométriques.
Selon Boèce, qui reprend les conceptions géométriques platoniciennes et que les auteurs romans étudient, la première surface est le triangle, la deuxième le carré, et la troisième le pentagone. Toute figure, si des lignes patent de son centre jusqu’aux angles, peut être partagée en plusieurs triangles. Le triangle est à la base de la formation de la pyramide.
Le triangle équilatéral symbolise la divinité, l’harmonie, la proportion. Toute génération se faisant par division, l’homme correspond à un triangle équilatéral, coupé en deux, c’est à dire à un triangle rectangle. Celui-ci, selon l’opinion de Platon dans le Timée, est aussi représentatif de la terre. Cette transformation du triangle équilatéral en triangle rectangle se traduit par une perte d’équilibre.

Parmi les différentes figures géométriques, viennent après le triangle équilatéral le carré et le pentagone. Le pentagone étoilé devient un pentagramme désignant l’harmonie universelle. On le retrouve souvent, car il est employé comme talisman contre les mauvaises influences. Il est la clef de la géométrie et à la base de la sectio aurea nommée encore proportio divina. Le docteur J.-E. Emerit a montré, à propos du pentagone et du dodécaèdre, comment s’effectue la transition du pentagone, désignant le monde des plans au dodécaèdre représentant le monde des volumes et correspondant aux douzes signes zodiacaux. Il reprend un texte de Davisson. Chacun des solides primaires (hexaèdre, tétraèdre, dodécaèdre) a son plan propre; le cube, le carré; la pyramide, le triangle; le dodécaèdre, le pentagone. Les correspondances entre les nombres et les figures géométriques sont absolues. Tant que l’homme est le jeu des contraires, il ne peut y avoir aucun sens du cercle, qui symbolise l’unité et la perfection. Tout lui échappe : le triangle, le carré, l’étoile à cinq branches et le sceau de Salomon à six raies. Si l’homme n’est pas né spirituellement, ces figures géométriques conservent secrets leurs symboles, qui correspondent aux nombres 3, 4, 5, 6. Le dodécaèdre ne devient accessible que dans l’ordre de la perfection.

Les affinités du carré et du rectangle dans la construction ont longuement été traitées par Matila Ghyka. Les triangles et les rectangles jouent un rôle important; d’où le rôle de l’équerre dans l’art de la construction. Thomas Walter, dans sa critique des travaux de Moessel, cite les vers du livret des tailleurs de pierre concernant les angles et les rectangles. L’essentiel est de trouver le centre, de définir le point. Ch. Funck-Hellet a tenté une restitution proportionnelle, qui nous permet d’avoir un sens exact du donné primitif. La symétrie est toujours fondamentale. Si nous examinons par exemple la cathédrale d’Angoulême, il apparaît indéniable que la disposition architecturale de la façade est le reflet d’une disposition intérieure. Il en est de même pour toute construction d’église romane fidèle à la tradition; mais cette réalisation est plus ou moins évidente. A Cunault ou à Candé par exemple, elle s’impose au regarde du plus ignorant des touristes. De tels exemples montrent comment, au XIIème siècle, la sculpture et la peinture ne sont pas distinctes des autres aspects de la vie spirituelle.

Le triangle est le glyphe du rayon solaire, chez les anciens Mayas, analogue au petit clou que forme le germe de maïs naissant, lorsqu’il crève la surface du sol, quatre jour après l’enfouissement de la graine.
Rattaché au soleil et au maïs, le triangle est doublement symbole de fécondité.
Le triangle est très souvent utilisé dans les frises ornementales, en Inde, en Grèce, à Rome… Sa signification paraît constante.
Le triangle, la pointe vers le haut, symbolise le feu et le sexe masculin; la pointe en bas, il symbolise l’eau et le sexe féminin. Le sceau de Salomon est composé de deux triangles inversés et signifie notamment la sagesse humaine. Le triangle équilatéral, dans la tradition du judaïsme, symbolise Dieu, dont il est interdit de prononcer le nom.

Outre son importance bien connue dans le Pythagorisme, le triangle est alchimiquement le symbole du feu; c’est aussi celui du coeur. Il faut toujours envisager à ce propos les rapports entre le triangle droit et le triangle inversé, le second étant le reflet du premier : il s’agit de symboles respectifs de la nature divine du Christ et de sa nature humaine, ce sont encore ceux de la montagne et de la caverne. Le triangle inversé est, en Inde, le symbole de la yoni, ou matrice; les deux triangles figurent Purusha et Prakriti, Civa et la Shakti, le linga et la yoni, le feu et l’eau, les tendances sattva et tamas. Leur équilibre, sous la forme de l’hexagone étoilé (le bouclier de David) est rajas, l’expansion sur le plan de la manifestation. Leur conjonction, sous la forme du damaru de Civa, s’effectue par la pointe : c’est le bindu, le germe de la manifestation.

On sait l’importance accordée par la Franc-Maçonnerie au triangle, qu’elle nomme le Delta lumineux, par référence, non à l’embouchure d’un fleuve aux multiples bras, mais à la forme de la majuscule grecque alpha. Le triangle sublime est celui dont le sommet est de 36°, et les deux angles de base de 72° (cf. symbolisme du nombre 36). Chaque triangle correspondrait à un élément : l’équilibre latéral à la terre, le rectangle à l’eau, le scalène à l’air, l’isocèle au feu. Aux triangles sont liées de nombreuses spéculations sur les polyèdres réguliers, qui dérivent des équilatéraux; sur des innombrables triades de l’histoire religieuse (cf. symbolisme du nombre 3), sur les triptyques de la moralité : bien penser, bien dire, bien faire; sagesse, force, beauté, etc., sur les phases du temps et de la vie : passé, présent, avenir; naissance, maturité, mort; sur les trois principes de base de l’alchimie : sel, soufre et mercure, etc. De telles énumérations conduisent vite du symbolisme au conditionnel.

Le triangle maçonnique signifiait à sa base la Durée, et sur les côtés qui se rejoignent au sommet, Ténèbres et Lumières, ce qui composerait le ternaire cosmique. Quant au delta lumineux de la tradition, il serait un triangle isocèle à la base plus large qu’un côté, comme le fronton d’un temple : avec 108° au sommet, et 36° de chaque côté de la base, un tel triangle correspondrait au nombre d’or. En outre, dans un tel triangle s’inscriraient parfaitement l’étoile flamboyante et le pentagone.

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.