iDorian

Peut-on vraiment parler d’addiction à Internet ?

Les médias relaient très souvent une pléthore d’études et d’articles qui mettent en exergue une certaine addiction à Internet, qu’il s’agisse de navigation, de jeu, ou d’usage de son téléphone. Abus de langage, problème avéré ou expression techno-phobique ?

Devenu un marronnier de la rubrique «technologies», le débat ne cesse de faire rage depuis plusieurs années, et il se murmurait même que l’addiction à Internet pourrait bientôt être reconnue comme un trouble psychiatrique. Mais qu’en est-il réellement ? Il semblerait que le caractère obsessionnel prime sur l’aspect pathologique.

Comprendre l’addiction

Il faut de prime abord faire la différence entre l’addiction réelle, comme l’alcool, la drogue, ou les jeux d’argent; et l’addiction « conversationnelle », comme le chocolat ou le binge-watching. C’est alors que se pose la question de savoir où placer l’addiction à Internet : pathologie certaine ou déviance verbeuse ? Tout dépend de la manière dont on quantifie l’addiction, tout comme la façon dont on la définit.

Selon l’American Society of Addiction Medicine, l’addiction se décrit comme une maladie chronique fondamentale qui s’exerce sur le cerveau – en particulier le système de renforcement (le long du faisceau médian du télencéphale) – et qui affecte la motivation, la mémoire et les circuits périphériques. Le dysfonctionnement desdits circuits entraîne des manifestations caractéristiques au niveau biologique, psychologique, sociale et spirituel. Ce qui finit par se refléter chez un individu par la poursuite d’une récompense, ou d’un sentiment de soulagement (généralement acquis par une substance ou l’instauration d’un comportement spécifique).

L’addiction se caractérise alors par l’impossibilité de s’abstenir, des troubles relatifs au contrôle comportemental, des désirs insatiables, une diminution de la reconnaissance de ses déviances ainsi qu’un dysfonctionnement des réponses émotionnelles. Tout comme les autres maladies chroniques, l’addiction induit souvent des cycles de rechute et/ou de rémission. Sans traitement ou sans implication dans des activités reconstrutrices, l’addiction peut se solder par un handicap notoire ou une mort prématurée.

Plus simplement, l’addiction n’est ni plus ni moins qu’une dépendance psychologique ou physique à une substance (ou un comportement), dépendance qui interfère avec un cycle de vie « normal », du fait que la poursuite de celle-ci devient l’intérêt premier d’un individu. Bien qu’il soit conscient des conséquences négatives de ses choix et de ses habitudes, l’addict éprouve d’énormes difficultés à enrayer sa prise de substance ou l’exécution de son rite. Les épisodes de manque se manifestent d’ailleurs par de sérieux épisodes de stress, mental ou physique.

Ce que les experts en disent

En ce qui concerne la pathologie au sens médical du terme, l’American Psychiatric Association ne l’inclut pas dans son Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Malgré des demandes d’inclusion en tant que « trouble », l’addiction à Internet reste pour le moment considérée comme un simple terme erroné qui ne qualifie en rien les causes d’un comportement qui nécessiteraient un traitement. En réalité, ce comportement spécifique aurait pour origine un conditionnement pathologique périphérique, tel que l’ADHD, la dépression ou l’OCD. Par exemple, un individu addict aux jeux d’argent en ligne est avant tout addict au jeu d’argent. Le médium (Internet) n’est que secondaire. Le fait qu’Internet constitue son choix de prédilection ne change pas le diagnostic, seule l’approche du traitement est différente.

Pour le moment, le DSM-V se contente de lister les « troubles du jeu en ligne » comme un domaine d’intérêt, méritant des études additionnelles et des recherches approfondies. Principalement au vu des cas aggravés d’addiction au niveau mondial qui ont entrainé des blessures sévères, voire la mort d’individus ayant abusé des jeux vidéo. On lit ça et là des faits divers assez marquants, dont les médias se goinfrent volontiers : des mères irresponsables qui laissent leur enfant mourir de faim, un marathon Xbox qui se finit mal, ou encore une session mortelle de World of Warcraft.

Corrélation-causalité : le cas des jeux vidéo

Une fois n’est pas coutume, il est important de distinguer le lien corrélation-causalité. De par ce fait, les jeux vidéo ne sont – par essence – pas nécessairement addictifs, ni même Internet d’ailleurs. Cependant, ils constituent des médias, des réceptacles à travers lesquels de nombreuses compulsions ou conditions psychologiques peuvent se manifester.

Les individus sensibles à une « addiction certaine » à Internet sont en fait préalablement sujets à un ensemble de caractéristiques de maladies mentales. Parfois même, l’usage d’Internet va à l’encontre des symptômes de troubles mentaux : une personne atteinte de troubles du déficit de l’attention peut très bien passer des heures sur Internet. Sa pathologie n’est en rien corrélée à l’usage qu’elle en fait. Dans ce cas précis, c’est même le contraire.

Comme je l’explique dans cet article, le jeu est avant tout un moyen d’évasion, au même titre que la lecture ou la peinture. De League of Legends à Farmville, les joueurs sont simplement en quête de fuite, de distraction. Un échappatoire à la réalité, ou les casuals côtoient volontiers les HCG en se demandant si le jeu vidéo est en train de mourir.

Rien de nouveau sous le soleil. Le propre de l’Homme n’est-il pas de lutter contre l’ennui ? Apparemment pas pour certains pays asiatiques – tels que la Chine ou la Corée du Sud – où l’addiction est un perçue comme un problème de société. De nombreux camps d’entraînements ont vu le jour afin de lutter contre l’addiction à Internet/aux jeux. Avec les dérives qu’on leur connaît : mort subite, traitements violents et manque de standards professionnels. Une réponse disproportionnée et non-adaptée à une phénomène que l’on n’a toujours pas cerné dans son ensemble.

Réalité, symptômes et cause

Il est encore très difficile de conclure sur les effets néfastes d’Internet, ou de trancher sur une possible addiction numérique. Il est cependant indéniable qu’il s’agit d’une réalité, une réalité dans laquelle Internet n’est qu’un symptôme, et absolument pas une cause.

De par son évolution constante et rapide – Internet se présente comme un challenge. Il doit servir de base à identifier, diagnostiquer et traiter des addictions et autres troubles existants qui s’expriment à travers son usage. Mais en aucun cas à créer un amalgame de causalité.

La majorité des psychiatres s’accorde d’ailleurs sur le fait que les pathologies primaires ne font finalement que s’adapter au médium que constitue Internet : une accro au shopping fera autant de ravage dans une zone commerciale que sur Amazon, son trouble reste le même, où qu’elle soit. La manière d’apprivoiser et de traiter son addiction doit – quant à elle – s’adapter au support.

Dans quelques années, nous y verrons sûrement plus clair. C’est la beauté des sciences et de la recherche. En attendant, je vous encourage à vivre selon les mots d’Oscar Wilde : « le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder ». Alors rendez-vous sur Azeroth, sur Facebook, ou sur Browsergames !

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.