iDorian

Je préfère mourir debout que vivre à genoux

La triste nouvelle est tombée aujourd’hui, 7 janvier 2015, à 12h03 : Charlie Hebdo visé par une attaque terroriste, la rédaction décimée. Plusieurs hommes ont attaqué à l’arme automatique le siège du journal satirique Charlie Hebdo, au 10, rue Nicolas-Appert, dans le 11e arrondissement de Paris.

Je dormais encore à cette heure-là, et je n’ai appris la nouvelle qu’à mon réveil, aux alentours de 15h00. Et depuis je réfléchis, stupéfait, triste et atterré. Je ne comprends pas. Je me demande pourquoi, comment.

12 vies sauvagement ôtées, dont 4 des plus grands caricaturistes de notre pays : Charb, Cabu, Tignous, Wolinski.

Je suis en colère. En colère d’abord parce que je ne comprends pas comment trois mecs armés et cagoulés peuvent se balader pépère dans Lutèce, pénétrer dans des locaux privés, ressortir tranquille et s’enfuir, sans que personne ne sourcille. Surtout quand on sait qu’il y a – a minima – une putain de caméra par centimètre carré ! Je ne parle même pas de l’efficacité des « forces de police » qui encadrait (soit disant) l’équipe.

Je ne comprends pas non plus comment, sous couvert d’idéaux foireux et au nom d’une supposée divinité, tu puisses attenter à la vie d’un mec dont la seule passion est le dessin, un des plus purs moyens d’expression. Je ne comprends pas non plus comment tu peux ôter la vie pour lutter contre l’humour.

Je suis écœuré par tous les politiques qui « dénoncent » et qui « s’indignent ». Je conchie l’immobilisme de François Hollande, qui se contente de « commenter ». Ton pays, NOTRE pays, est en guerre. La liberté d’expression, la liberté de la presse, nos valeurs, notre histoire, ont été bafouées; des légendes ont été cruellement abattues et tu te contentes de « commenter » ? Bien heureusement, les réactions internationales sont bien mieux proportionnées, et j’ose espérer qu’un consortium s’organise pour déchaîner les foudres de la justice.

Wolinski ne cachait d’ailleurs pas sa joie d’être en France, où il assumait jouir d’une liberté d’expression sans pareille :
«(…) Car on fait toujours ce qu’on veut aujourd’hui, peut-être plus encore. On a la chance de vivre dans un pays où depuis Rabelais, on a une grande liberté. La Révolution a aussi provoqué la naissance de la presse, qui a engendré le dessin de presse et décoincé des choses.»

Tandis que Cabus affirmait volontiers que : «Il n’y a pas de limites à l’humour qui est au service de la liberté d’expression car, là où l’humour s’arrête, bien souvent, la place est laissée à la censure ou à l’autocensure.»

Je suis furieux quant à la lâcheté des sous-hommes : comment peuvent-ils décemment opposer des kalachnikovs à une armée de dessinateurs armés… de feutres ! Des dessinateurs qui s’exprimaient avec humour, pour prêter à rire, ou à réfléchir, ou les deux. Tignous exprimait d’ailleurs très bien les desseins de ses dessins :
«J’ai très vite compris que c’était un moyen de faire passer un message. […] Un dessin réussi prête à rire. Quand il est vraiment réussi, il prête à penser. S’il prête à rire et à penser, alors c’est un excellent dessin. Mais le meilleur dessin prête à rire, à penser et déclenche une certaine forme de honte. Le lecteur éprouve de la honte d’avoir pu rire d’une situation grave. Ce dessin est alors magnifique car c’est celui qui reste. Mais ils sont rares car il est très difficile d’obtenir les trois en même temps.»

Cette épreuve nous montre d’ailleurs, et dans les pires conditions, que la cible des terroristes est bien la liberté. Et son premier rempart qu’est toujours la liberté de la presse. C’est une loi implacable de l’Histoire: dès lors que surgit, ici ou là, une tentation autoritaire, c’est d’abord à la liberté de la presse que l’on s’en prend. Et plus encore ce terrorisme là. Les journalistes de Charlie Hebdo sont les héros martyrs de notre temps, de nos libertés.

Et même si d’illustres personnages y ont laissé leur peau, le chaos supposé engendré par les terroristes laisse place à une unité, à un rassemblement. Je reste persuadé que Charlie Hebdo est immortel. Les idéaux sont immortels. La liberté d’expression est immortelle.  Et je suis heureux que Charb ait pu, jusqu’au bout, rester fidèle à ses principes, en mourant debout :
«Je n’ai pas l’impression d’égorger quelqu’un avec un feutre. Je ne mets pas de vies en danger. Quand les activistes ont besoin d’un prétexte pour justifier leur violence, ils le trouvent toujours» et puis «Je n’ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. C’est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux.»

#JeSuisCharlie

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.