iDorian

750 mots, jour après jour

Retrouver le goût de l’écriture après l’avoir perdu n’est pas tâche aisée. Pourtant, rédiger de manière quotidienne permet d’organiser ses pensées et éventuellement de se sentir un peu mieux. Comment vaincre Dame Procrastination et redevenir la plume que tu étais jadis ? Tentative de réponse.

Il est 01h00 du matin et je m’adonne aux joies de la lecture de mes flux RSS en regardant un programme ridicule diffusée sur une sous-chaîne de la TNT, afin d’éviter de retourner jouer à World of Warcraft, sur lequel je viens de passer une semaine non-stop.

Je dérive de longues minutes et finis par atterrir sur une article qui attire mon attention : « comment développer une routine de rédaction quotidienne« , publié sur Medium et rédigé par Mattan Griffel.

Très dubitatif quant au contenu de l’article (je suis allergique à la pauvreté qualitative du clickbaiting), je suis néanmoins surpris par l’outil qu’utilise l’auteur pour arriver à ses fins et maintenir sa productivité : 750words. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un éditeur en ligne, qui propose de garder le cap en ce qui concerne la rédaction. Il nous invite à rédiger 750 mots par jour (l’équivalent de 3 pages, selon le site), et l’application se charge de tracker les progrès quotidiens (tout en envoyant de petits reminders).

De nature très procrastinante, la première chose qui me vient à l’esprit est naturellement de sauvegarder l’article, pour le lire « plus tard » (à savoir jamais, comme ses 24326 homologues). Puis pris d’un soudain élan de « je-ne-sais-quoi », je me dis qu’il serait cool de le tester.

J’avoue que le côté « gamification » de l’outil m’attire assez : des badges sont disponibles pour récompenser l’assiduité, et le tracker invite à l’effort pour voir sa barre vide se remplir. Un peu comme un RPG en fait (un peu comme World of Warcraft !).

Et me voilà donc en pleine rédaction, à 02h00 du mat’, tapant frénétiquement sur mon clavier. Un sentiment bizarre, mais bienfaiteur. Je n’ai pas écrit depuis très longtemps, aussi longuement et avec autant de plaisir et d’excitation.

Il faut dire que j’ai tendance à alterner deux phases au cours de l’année, chaque année :
– le premier semestre est en général Über-productif : je bosse pour une PME foireuse et m’en vais volontiers en courant – la fleur au fusil – vers le burnout. Tout le temps, sans exception.
– tandis que le second semestre est dédié à mes phases dépressives, ou je n’en fous plus une, et où je m’interroge des heures entières sur le sens de la Vie et autres interrogations métaphysiques (on me dit dans l’oreillette que c’est d’ailleurs arrivé le mois dernier).
Tout ça pour tenter de justifier que ce n’est pas forcément facile d’écrire, surtout pas en bossant 10h par jour, et encore moins quant l’étreinte de la dépression s’enserre.

D’ailleurs, je me demande souvent pourquoi je n’écris pas, du moins plus autant. Pourtant j’ai des choses à dire ! Je suis un adepte de la sérendipité et adore découvrir et surtout partager. Mais la procrastination est tellement insidieuse : « je le ferai plus tard », « je m’y mettrai demain », « une petite partie et je m’y mets »… Et l’année s’écoule, et je n’ai rien écrit.

Peut-être est-ce aussi parce que je suis partisan du long format ? Next Inpact publiait d’ailleurs récemment un article à propos du contenu en ligne en 2015. Il semblerait que l’avalanche de news se tarisse pour laisser place à des articles en profondeur, plus axés sur le qualitatif que sur la quantité.

Et puis il y a aussi le paradoxe de la ligne éditoriale. J’ai toujours établi mes rédactions sur des découvertes, des choses insolites, décalées. Et puis le « geek » et le « hipster » sont devenus trendy. Et en bon anti-conformiste que je suis, j’ai rapidement changé de voie.

Puis la vie a fait que je me suis peu à peu interrogé sur mon statut d’être humain, sur ma place dans l’univers. Parfois aussi, sur des observations de la société, que je ne comprends pas. Et j’alterne depuis entre le New Age (ce que certains appellent le « développement personnel »), et la philosophie pure.

Alors oui, ça a fait gueuler mon modeste lectorat d’antan. J’ai perdu les adeptes du lacet de chaussure ou du tour du monde des autobus. Mais j’ai gagné une liberté de penser, une catharsis que je n’avais pas avant.
Je n’écris plus pour être lu, pour générer des PV ou faire péter mon Adsense. J’écris parce que ça fait du bien, rarement, mais ça fait du bien.

Et lorsque très rarement, certains lecteurs se reconnaissent dans mes propos, et s’invitent à la discussion par e-mail, je me sens moins seul, moins différent. J’ai d’ailleurs rencontré, en 8 ans de blogging (très irréguliers), des personnes absolument uniques, avec qui je partage cependant un trait commun, ainsi qu’un lien particulier.

Et ainsi s’achèvent mes 750 mots, sur l’espoir de pouvoir à nouveau publier un article par jour. Sur l’espoir de retrouver goût à la vie. Sur l’espoir de trouver un jour une petite place dans l’univers, un rôle, une utilité.

Reste à savoir si je publierai demain…

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.