iDorian
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La vie a-t-elle un sens ?

Interrogation métaphysique profonde par excellence, cette question en a obsédé plus d’un au fil des siècles, sans pour autant générer de réponse clairement adéquate (plus souvent éparses et contradictoires). Je suis de ceux qui sont fascinés – et à la fois terrifiés – par les approches téléologique, sémiologique, axiologique et ontologique de l’existence, au point d’être actuellement affecté par une inertie indicible, qui ne s’évaporera qu’une fois la justification émise.

En dépit des tendances religieuses, artistiques et scientifiques, qui n’ont jamais retenu mon attention pour des raisons évidentes, j’estime que c’est la philosophie (littéralement, recherche de la sagesse) – et elle seule – qui peut tenter de donner un indice, de dessiner une piste, de formuler une tentative de réponse.

Aux détracteurs qui clameront haut et fort que la question ne mérite pas d’être posée, je répondrai qu’il s’agit là d’une composante essentielle, inhérente à qui nous sommes. Schopenhauer déclare d’ailleurs : “qui ne s’interroge pas est une bête, car le souci constitutif de toute vie humaine est celui de son sens”. Dans son essaie philosophique intitulé “Du sens de la vie”, Grondin formule très clairement ce qui m’interpelle : “que faisons-nous ici, pourquoi et pour qui sommes-nous là, que devons-nous, que pouvons-nous y faire, que nous est-il permis d’espérer ?”.

Parce que seul l’homme est un être conscient, il est le seul à savoir qu’il existe. Les végétaux, les animaux sont vivants. Seul l’homme ne fait pas que “vivre”, il “existe” véritablement. Heidegger, en parlant de l’Homme, dit qu’il y va, dans son être, de son être. L’être-là qu’est l’Homme ne subsiste pas seulement, il existe : “l’essence de l’être-là réside dans son existence”.

Parce que la vie n’a pas de sens

C’est probablement l’hypothèse la plus saine, du moins celle dont je suis (pour le moment) partisan.

La vie est de l’ordre du constat. Même Descartes parvient à la vie sans vraie démonstration, mais par une sorte d’intuition évidente : la vie est irréductible au doute. La vie est un fait incontestable, c’est le fait premier, celui qui permet tous les autres : c’est parce qu’on existe qu’on parle, qu’on écrit, qu’on travaille, qu’on philosophe. Mais si le fait d’exister est évident, la raison d’être de la vie est, elle, tout à fait énigmatique.

L’approche existentialiste de Sartre – qui postule que l’être humain forme l’essence de sa vie par ses propres actions – voit en l’homme une “passion inutile”, qui révèle le “néant” que nous sommes. Selon lui, les questions métaphysique seraient d’ailleurs insolubles et inutiles. Il en va de même pour Spinoza, le “Prince des philosophes”, qui estime que “les occurrences les plus fréquentes de la vie ordinaire sont vaines et futiles”.

Dans Macbeth, sa tragédie dédiée au roi d’Ecosse, Shakespeare induit que “la vie n’est qu’un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien”.

Freud suppute quant à lui que “quand on commence à se poser des questions sur le sens de la vie et de la mort, on est malade, car tout ceci n’existe pas de façon objective”.

Nietzsche, de son côté, pousse le raisonnement un peu plus loin, en estimant que le « sens de la vie » ne peut être interprété par l’homme qui fait partie de la vie elle-même. Dans le Crépuscule des idoles (en passant, le titre original allemand vaut son pesant d’or : “Götzen-Dämmerung oder wie man mit dem Hammer philosophiert”), il y déclare : “la valeur de la vie ne saurait être évaluée. Pas par un vivant, car il est partie, et même objet de litige ; pas davantage par un mort, pour une tout autre raison”. Cependant, il n’exclut pas pour autant la possibilité que l’homme puisse faire quelque chose de sa vie, en donnant un sens à la notion de bonheur : “qu’est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la force croît, qu’une résistance est surmontée”.

Parce que la vie pourrait avoir un sens

Qu’il s’agisse de Platon, de Socrate ou d’Heidegger, la vie ne vaut la peine d’être vécue que lorsqu’elle est “examinée”, qu’elle ne reste pas “vague”. Dans “L’apologie de Socrate”, Platon exulte que : “une vie à laquelle l’examen fait défaut ne mérite pas qu’on la vive”.

Camus, quant à lui, à travers le “Mythe de Sisyphe”, conforte l’idée selon laquelle le “sens de la vie” est “la plus pressante des questions”. Camus prétend d’ailleurs que des âmes lucides et entraînées peuvent trouver un sens à leurs jours, où vivre devient une force : “on sent bien qu’il s’agit ici d’entreprendre la géographie d’un certain désert. Mais ce désert singulier n’est sensible qu’à ceux capables d’y vivre sans jamais tromper leur soif. C’est alors, et alors seulement, qu’il se peuple des eaux vives du bonheur”.

Se poser la question du sens de la vie, c’est se demander ce que signifie le fait d’être et la finalité de ce fait : que veut dire exister et pourquoi exister ? C’est notamment la question que se pose Leibniz. La question de l’essence (qu’est-ce que c’est ?) est pour lui moins fondamentale que la question de la vie (pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?). Pourquoi donc y a-t-il de l’être ? La vie est l’objet d’une véritable interrogation métaphysique. Mais prendre cet objet d’étude, c’est prendre un objet apparemment vide de toute détermination future : il semble qu’il n’y ait rien à en dire. On existe, voilà tout. La vie, en tant que premier fait, semble échapper à tout discours. Il n’y a rien avant lui qui fonderait sa raison d’être. Tout discours sur la vie suppose la vie.

La question de l’utilité

In fine, l’Homme veut se sentir utile, cherchant à repousser au maximum la souffrance et la mort, en accédant à une existence supérieure (spirituellement, socialement ou religieusement par exemple). C’est là raison pour laquelle il cherche à procréer, qu’il travaille à la protection et à l’éducation de sa descendance.

Cependant, la recherche de l’utilité ne prévaut pas sur la question de la vie. Nous sommes condamnés à nous interroger pour la simple et bonne raison que la conscience de la mortalité (propre à l’Homme) nous pousse à nous questionner, et intrinsèquement, c’est ce qui rend l’existence humaine (une “aventure” selon Frisch).

Religion, New Age et Pop Culture

Bien que je conchie la religion dans son ensemble, je retiens deux préceptes qui semblent sensés :
– la conviction que le corps est le véhicule d’une âme
– le sens de la vie réside dans la valeur de nos actes

En outre, si l’on se penche sur le bouddhisme (interprété par certains comme une religion, et par d’autres comme une philosophie), la manière dont les quatre nobles vérités énoncent les problèmes de l’existence fait sens :
– la vérité de la souffrance : toute vie implique la souffrance, l’insatisfaction ;
– la vérité de l’origine de la souffrance : elle repose dans le désir, les attachements ;
– la vérité de la cessation de la souffrance : la fin de la souffrance est possible ;
– la vérité du chemin : le chemin menant à la fin de la souffrance est la voie médiane, c’est à dire en évitant les excès.

Aussi, après m’être longtemps être intéressé au développement personnel, à travers lequel je pensais trouver un semblant de réponse – au vu du caractère très individualiste de la philosophie qu’il prône – il en résulte qu’en substance, ce n’est ni plus ni moins que de l’auto-suggestion de bas étage qui tend à convaincre les simples d’esprit. Le vide de sens pourrait-il être rempli par l’effort individuel ? Absolument pas.

Enfin, j’entends crier ça et là “42” ! Et même si j’ai grandement apprécié l’oeuvre de Douglas Adams, et même s’il a fallut sept millions et demi d’années à Deep Thought pour répondre à “la Grande Question sur la vie, l’univers et le reste”, je trouve la résultante trop réductrice et peu évocatrice.

Une question sans réponse

La question du sens de la vie semble donc vouée à l’échec et risque de nous laisser démunis. Pourtant, on ne peut éviter de se la poser, car grâce à elle c’est toute la valeur de la vie qui se trouve interrogée. Se poser cette terrible question revient à se demander si je dois faire l’effort de vivre, c’est-à-dire d’exister de façon authentique, ou si je peux me contenter de “sur-vivre”. Faut-il sans absurdité essayer de “bien” vivre ? Y a-t-il donc vraiment quelque chose à dire de la vie ? La quête du sens de la vie n’est-elle pas absurde? Pourquoi j’existe ?

Un début de réponse ?

En marge des essais philosophiques, j’estime avoir trouvé un début de réponse dans la fiction, au sein de l’oeuvre magistrale de David Gemmel, Légende (Cycle Drenaï). À la veille de sa mort sur Geddon, le mur de la mort, Vintar des Trente sonde le coeur et l’âme de ses frères d’armes et conclut ainsi : “tout de qui vit doit mourir un jour. […] Il n’y a que l’homme, semble-t-il, qui soit conscient de sa mort à venir. Et pourtant, il y a d’autres choses dans la vie que l’attente de la mort. Pour que la vie ait un sens, il faut avoir un but. Un homme doit transmettre quelque chose, sinon il ne sert à rien.”.

Encore faut-il avoir un but, mais ça, c’est une autre histoire…

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L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.