iDorian
Umbrella

De la bêtise sociale universelle

Quand tu te poses deux minutes après des années de voyages, où tu as pu te confronter à une myriade de cultures, où tu as occupé une tripotée de postes et à travers lesquels tu as rencontré de nombreux « individus », tu te rends compte d’une chose : la connerie est universelle. Et la douleur n’est que plus atroce lorsque tu prends conscience que c’est précisément ce que tu as tenté de fuir en « bougeant » à l’excès.

Relativement méconnue, une oeuvre du marquis Donatien Alphonse François de Sade – intitulée « D.A.F. de Sade – Historiettes, contes et fabliaux – dresse, au travers d’un petit paragraphe, ce triste constat social. À travers tout le recueil, on y découvre d’ailleurs un Sade moins noir que dans ses œuvres de plus grande envergure (qui – je le rappelle – doivent leur notoriété à des écrits scandaleux où se mêlent sentiment de supériorité, violence et pornographie). Les vingt-six histoires présentées dans ce recueil n’ont pas en elles la rage du Sade de Justine ou des 120 Journées. Retrouvées puis publiées pour la première fois en 1926 (manuscrites en 1726), elles se veulent avant tout drôles et distrayantes. Elles n’en sont pas moins de petites perles à l’écriture maîtrisée qui nous permettent de côtoyer, avec un plaisir complice, le libertin raffiné et amoureux des Belles-Lettres, où, ce qui est surprenant c’est la grande part de morale qui en ressort. En dépit du combat contre la religion omniprésent, on découvre, caché au sein de l’historiette intitulée « Augustine de Villeblanche ou le Stratagème de l’amour » – le reflet de la société de l’époque… qui, de manière très surprenante, s’applique également à notre époque contemporaine, dans son intégralité. Je te laisse savourer :

«[…] La plus haute de toutes les folies, disait-elle, est de rougir des penchants que nous avons reçus de la nature; et se moquer d’un individu quelconque qui a des goûts singuliers, est absolument aussi barbare qu’il le serait de persifler un homme ou une femme sorti borgne ou boiteux du sein de sa mère, mais persuader ces principes raisonnables à des sots, c’est entreprendre d’arrêter le cours des astres. Il y a une sorte de plaisir pour l’orgueil, à se moquer des défauts qu’on n’a point, et ces jouissances-là sont si douces à l’homme et particulièrement aux imbéciles, qu’il est très rare de les y voir renoncer… Ça établit des méchancetés d’ailleurs, de froids bons mots, de plats calembours, et pour la société, c’est-à-dire pour une collection d’êtres que l’ennui rassemble et que la stupidité modifie, il est si doux de parler deux ou trois heures sans avoir rien dit, si délicieux de briller aux dépens des autres et d’annoncer en blâmant un vice qu’on est bien éloigné de l’avoir… c’est une espèce d’éloge qu’on prononce tacitement sur soi-même; à ce prix-là on consent même à s’unir aux autres, à faire cabale pour écraser l’individu dont le grand tort est de ne pas penser comme le commun des mortels, et l’on se retire chez soi tout gonflé de l’esprit qu’on a eu, quand on n’a foncièrement prouvé par une telle conduite que du pédantisme et de la bêtise.»

C’est presque un fait, une vérité générale, un constat sans appel : l’originalité, l’excentrique, le fantaisiste, le bizarre, bref, l’unique a été, est et sera toujours mal perçu par la masse, car la masse a peur de ce qu’elle ne comprend pas. Dans ces cas là, il ne te reste qu’une chose à faire : t’en battre les couilles

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.