iDorian
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Le petit guide du sexfriend

Comme disait une de nos grandes philosophes contemporaines, feue Ophélie Winter, « tout le monde le fait ». Son refrain pourrait d’ailleurs tout autant s’appliquer au phénomène de société sur lequel je me penche aujourd’hui, j’ai nommé le sexfriend.

Thématique infiniment déclinée de manière poétique et surtout acronymique, (de l’amant au PQ/PQR, en passant par le SF, le FWB ou encore le FF), c’est probablement un des plus gros mensonges de la société actuelle (juste après le « fait » qu’Amanda Lear soit une femme).

Non, ton sexfriend n’est pas l’incarnation d’un rêve devenu réalité. Non, tu ne peux pas bâtir une relation sentimentale sur des rapports sexuels répétés parce et surtout t’en satisfaire. Et oui, tu vas forcément te péter la bouche.

Disclaimer : pour la suite de cette article, partez du principe que j’ai toujours raison, vous verrez, vous gagnerez du temps.

Le génèse

Donc tout commence par une putain de journée où tu n’aimes (toujours) pas ta gueule, doublé d’un gros sentiment de « j’suis en iench, faut qu’je ken bordel ». Tu te rends donc au supermarché de la dépravation (ex. : Badoo, Skyrock, Tindr, Grindr, et j’en passe), et après deux siècles d’épuration de profils chelous, tu rencontres enfin quelqu’un de potable. La suite est classique : « tu es venu, tu as vu, et tu as vaincu ».Tu as donc deux solutions : t’arrêter là, sauver les restes de ta misérable vie : tu as satisfait tes besoins primaux, tu effaces son numéro et tu retournes jouer à Candy Crush. OU ALORS, conserver son num et lui renvoyer une merde bien mièvre la semaine suivante : « hey, dispo pour le 2nd round ? :) » – avec une énorme emphase sur le smiley-tout-pourri qui renforce le désespoir de ton message et la puissance de la merde dans laquelle tu viens de mettre le pied.

Le deuxième round

Là où le premier round était le seul moyen de te vider les baloches (ou te faire ramoner, au choix), le deuxième round part carrément en sucette quand tu décides d’inclure – sans le faire exprès, ou sciemment peu importe – la… dimension sentimentale (cette sale race) ! Quelques exemples : t’es con comme une chaise et tu l’embrasses pour lui dire bonjour (smack ou patin, t’es dans la merde); tu sors un truc sentimental pendant la charge (« t’es trop mignon » et consorts); ou tu exprimes connement ton feeling avec le texto de fin de baise (« C’était cool, à très vite ! \<3 » : range tes smileys putain, sérieusement).

Tu vas me dire : tant que c’est monolatéral, c’est pas grave. Et j’ai envie de te dire de fermer ta gueule parce que :
– soit ton SF panique et ne donne plus signe de vie, tu reprends tes 30 gros kilos et tu te remets à fumer,
– soit ton SF rentre dans le délire, et vous êtes tous les deux dans la gadoue,
– soit (copyright iDorian « ça m’est arrivé ») : ton SF panique et disparait, tu te manges une bonne petite dépression des familles PUIS ton SF revient à la charge, alors que tu viens de cicatriser, et tu replonges parce que « YOLO ».

Les conseils « à la con »

1 – Ne tombe pas amoureux : le truc sur lequel tu n’as absolument aucune prise. Même lorsque tu es persuadé qu’il n’y a « rien, c’est juste un PQ », tu y es attaché sinon tu ne le reverrais pas. (Contre-argument des besoins primaux invalides, tu peux les assouvir avec n’importe qui).

2 – Sois émotionnellement mature : deuxième connerie confondante, puis que si tu l’étais, tu aurais évité le SF. Un PQ, enfin le mythe, se base sur : la facilité, la rapidité, le non-engagement. Trois notions inexistantes en société.

3 – Etablis des règles : ça c’est comme les to-do lists, le code de la route ou Nana Mouskouri : ça existe, c’est présent, mais tout le monde s’en bat carrément les couilles. Y compris celui qui en est à l’origine.

4 – Ne cherche pas à attirer l’attention : quand tu es en chien durant un week-end pluvieux, la première chose que tu vas chercher à faire, c’est à attirer l’attention de ton PQR… Avec un supplément chantilly quand tu n’as pas de réponse.

5 – Garde le secret : si tu es une meuf, « secret » c’est juste pas dans tes gênes. Si tu es un mec, tu vas t’en vanter tôt ou tard. Et je rappelle qu’il suffit de péter pour envoyer une notification sur 30 réseaux sociaux simultanément, donc rien que le fait d’aller chez ton SF t’a grillé d’avance.

6 – Ne mélange pas : c’est la seule règle réalisable – quoique -, à moins que tu ne sois pas assez torturé. Quitte à te faire du mal, tape dans un inconnu, évite ta meute sociale. Mais tu vas vite te rendre compte que ton PQ connaît la soeur de la tante au neveu de ta conne de mère, donc t’es grillé aussi.

7 – Ne t’extasie pas : irréalisable, puisque tu vas kiffer avant, pendant et après, avec plus ou moins de retenue. Puis, soyons honnête, c’est la seule chose palpitante dans ta vie, donc tu vas sûrement pas la réprimer.

8 – Evite les rencards : impossible encore une fois, puisque tu vas lui taper la converse avant/pendant/après, souvent autour d’un verre pour briser la glace, voire en phase « d’après-baise », en vapotant la cigarette électronique qui fait de toi un swagger.

Et comme c’est une liste à point qui est censée caper à 15, je résume la suite en quelques mots parce que je pense que tu as saisi le concept :

9 – Va prendre l’air : faux. / 10 – Ne lie pas contact : faux. / 11 – Evite tes amis proches : faux. / 12 – Rappelle-toi de la douleur : vrai. / 13 – Evite le trio : vrai. / 14 – Evite ta vie perso : vrai. /15 – Sois honnête.

Du coup, je fais quoi ?

Même si tout reste situationnel et propre à chacun, y’a grosso modo deux voies qui se présentent à toi :

– soit tu es encore bloqué dans l’adolescence pré-pubère, émoustillé par tes hormones et ton zizi, et je t’encourage à continuer à t’amuser jusqu’à atteindre une certaine stabilité,

– soit tu te responsabilises, tu t »engages dans une relation sérieuse, et tu admets le fait que ça implique de te taper la même personne pour un bon moment, voire pour « toujours ».

Et troisième option, parce que jamais deux sans trois : tu es karmiquement au fond du trou, tu ne te respectes absolument pas et « débauche » et ton deuxième prénom : alors je t’encourage à continuer à te mentir en sortant avec ton mec/ta meuf, tout en forniquant comme une vieille gueuse nymphomane, nuit et jour, dans le plus grand « secret ». Au fond, tu es adulte et responsable.

Quoiqu’il en soit, pour les gens normalement constitués à qui il reste une once d’amour propre, mais qui sont un peu paumés : ton sex-friend n’est ni plus ni moins qu’une relation déguisée, la prise de tête en moins… en théorie. C’est une grosse mascarade psychologique, une terminologie, qui fait qu’en appelant ton mec ou ta meuf « sex-friend », tu te conditionnes de manière à penser que tu n’es pas en couple, alors que c’est bel et bien le cas.

Si l’amour te tourne le dos, touche-lui le cul

 

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.