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Autour d’un milkshake : Photogeny, par-delà l’objectif

Chaque semaine, on se retrouve volontiers autour d’un milkshake en compagnie d’Aoi, qui prend fièrement la plume pour vous présenter l’univers du cosplay au travers d’une interview sans tabou !

Petite nouveauté pour cette nouvelle édition : du photographe ! Et c’est donc en compagnie de Photogeny que nous nous immergeons une fois de plus dans le petit monde du cosplay, à travers son objectif.

Photographe, métier, passion ou les deux ?

Avant tout, c’est la passion qui m’anime, j’ai goûté au côté professionnel et ce sont deux aspects de la photographie qui sont très distincts, parfois complémentaires mais qui nécessitent des démarches très différentes que ce soit au niveau des délais, du sujet lui-même ou encore des libertés de réalisation.

Comment t’est venue l’envie de photographier du cosplay ?

Après être allé à Japan Expo, en 2007 : en voyant l’étendue de costumes, il était difficile de ne pas succomber à la tentation de faire des photos. Au départ, c’était des photos souvenirs mais comme je me suis vite rendu compte qu’il y avait très peu de photos disponibles sur le net de ce genre d’événements, j’ai commencé à les diffuser. Ce qui était particulier à cette époque là, c’est qu’il n’y avait pas encore de démarche qualitative, ni de mode d’emploi ou de tutoriels pour la photo de cosplay. Aujourd’hui le milieu est très normé et le niveau s’accroît sans cesse avec la montée en gamme du matériel, son accessibilité et le nombre croissant de nouveaux photographes.

Pourquoi essentiellement des photos « hors convention » ? Choix artistique, pratique… autre ?

C’est toujours étonnant pour moi de réaliser le fossé entre l’image que j’ai de mon travail et la perception qu’en ont les autres et votre question illustre bien ce fossé. Si je fais beaucoup de séances et ce notamment depuis 2 ans, la grande majorité de mes clichés sont toutefois pris au cours des différents salons français et plus précisément sur stand photo. J’ai bien conscience de ce décalage et j’essaie de partager beaucoup de photos grâce aux différentes plateformes de partage qu’offre internet, mais il est difficile de valoriser les photos sur stand car beaucoup trop nombreuses. Par exemple, j’ai pris près de 2500 photos au cours d’un événement comme Japan Expo, en juillet 2013, et comme de nombreux cosplayers sont passés sur le stand de Shudan Pictures (l’association de photographes avec laquelle je travaille depuis plus d’un an), il est nécessaire de partager de nombreuses photos pour faire plaisir au plus grand nombre mais en coulisse, c’est un travail colossal. Durant le reste de l’année, j’ai participé à de nombreux stands photo pour des événements de toute taille et je partage en moyenne près de 1000 photos par événement. Forcément, par rapport au ratio photos « hors convention », c’est énorme et c’est pourquoi je mets plus en avant mes séances « hors convention », car il m’importe vraiment de montrer une autre vision du cosplay que le simple shooting au sein d’un salon sur un fond uni.

De très beaux paysages mettent en valeur tes modèles, on peut en savoir un peu plus ?

Les décors que je choisis pour les séances ne sont jamais à portée de main, je suis tout le temps sur la route à faire du repérage et si ça ne tenait qu’à moi, je choisirais des paysages encore plus beaux mais il est souvent difficile de réunir toutes les conditions nécessaires pour réaliser des shootings d’exception.

Comment gères-tu les déplacements ?

Tout dépend de la situation, la plupart du temps, c’est moi qui me déplace car il y a peu de cosplayers dans les environs de mon lieu de vie. Je choisis le lieu de shooting en fonction du lieu d’habitation du modèle, ça n’est jamais très simple pour moi, surtout quand il y a de la distance entre nous.

Tu as aussi un stand sur certaines conventions. Tu recrutes ou on vient te chercher ? 

En règle générale, les deux, nous essayons avec l’association d’avoir une vision générale de l’événement dans lequel nous sommes afin d’avoir une représentation plus « juste » des costumes présents, c’est pourquoi nous ne sommes pas figés sur le style et que nous acceptons souvent d’autres mouvements comme le steam, les lolitas, les créations personnelles, le fashion, etc…

A quel type de convention participes-tu le plus ?

Jusqu’à présent, j’allais à tout genre de conventions et il y a encore 3-4 ans, je faisais presque tous les salons français car il n’y en avait pas tant que ça. Mais aujourd’hui, c’est impossible avec la multiplication des salons partout en France et j’avoue choisir les plus grands salons car j’ai à peu près fait le tour des salons, je préfère à présent me concentrer sur les séances. Je m’intéresse toutefois aux costumes présents lors de chaque salon que j’ai manqué !

Niveau convention, selon-toi, où trouve-t-on les plus beaux cosplays ?

Sans hésitation, Japan Expo et de très loin mais certains salons plus petits bénéficient de la venue fidèle d’excellents cosplayers. Je pense qu’il faut réellement s’ouvrir sur le cosplay étranger car des choses magnifiques se font un peu partout dans le monde et il est dommage de l’occulter.

Sans vouloir faire de jaloux, as-tu des modèles de prédilection ?

Bien sûr, généralement les gens avec qui j’ai collaboré le savent bien, après il y a beaucoup de cosplayers avec qui je voudrais travailler (ou re-travailler) mais c’est souvent la distance qui empêche ces rapprochements, au niveau cosplayers, la liste est beaucoup trop longue et surtout elle contient beaucoup de noms étrangers ! Sinon je suis assez ouvert sur les thèmes mais en général, je préfère les cosplays avec rendu réalistes.

Quel est le retour des cosplayeurs et du public sur tes clichés ?

Les retours sont souvent très enthousiastes, je ne cherche pas à faire une promotion basée uniquement sur le nombre de likes de mes pages et grâce à ça, les échos et les échanges avec le public sont souvent très positifs et cela permet d’avoir des débats constructifs.

Il y a eu un grand débat sur les photos de cosplay dite « naturelle » et les « retouchées », qu’en penses-tu ?

Pour moi, ce débat n’a pas vraiment lieu d’être, il est faussé à la base par la méconnaissance du grand public sur ce qu’est la photo, à l’heure actuelle. Ce genre de débats était encore d’actualité, il y a quelques années, mais aujourd’hui, dans le monde de la photo, la retouche est indispensable à cause de la « concurrence » photographique, de l’attente du public (sans cesse plus haute) et de la simplification des outils de retouche. Il est dommage de s’en priver quand on peut faire disparaître un élément du décor qui gêne la lisibilité de l’image, améliorer la lumière à certains endroits, le contraste, la netteté, les couleurs, etc… Aujourd’hui, la retouche est partout même si elle n’est pas forcément visible et l’attitude de refuser la retouche par éthique semble désuet surtout quand les boîtiers proposent aux photographes des formats comme le RAW qui permet de reprendre un certain nombre de défauts inhérents à la prise de vue, en post-prod, sans perte de qualité. Appelle-t-on ça de la post-prod ? De la retouche ? Difficile d’y répondre sans être subjectif.Personnellement, j’essaie d’avoir le rendu le plus naturel possible sur mes photos même si bien souvent, la lumière est loin d’être naturelle !

Un petit mot pour la fin ?

Être soi-même, se dépasser, savoir s’entourer et écouter ses envies, c’est la direction dans laquelle je tend de plus en plus !

Retrouvez dès à présent Photogeny sur Facebook, et un grand merci aux cosplayeurs qui ont participé : Naraku Brock, Sakura Flames, Lula F. Jones, Kat Vial etAngia Miwa.

L'auteur : Aoi

Illustratrice et étudiante en communication visuelle et rédactionnelle. Spécialiste du cosplay et du DIY, qui apporte fièrement la "girly touch" qui manquait à ce blog ! Griffe et mord lorsqu'en manque de glucose.