iDorian
Neurone

Parce qu’intelligence ne rime pas forcément avec efficacité

Félicitations petit génie, tu as le QI le plus élevé à 10 bornes à la ronde, dommage que celui-ci t’handicape plus que ce qu’il t’est bénéfique. Ne panique pas, tu peux tout à fait allier efficacité et intelligence, la preuve…

Commençons tout d’abord par définir l’intelligence, avant que quelqu’un ne crie au scandale. Emprunté au latin, l’intelligence définit de prime abord la « faculté de percevoir ». L’infinitif, intelligere, implique les notions de discerner, saisir et comprendre. En outre, la décomposition sémantique induit le préfixe « inter » (entre) accolé au verbe « legere » (cueillir, choisir, lire), ce qui réduit finalement l’intelligence à une sélection, au fait de faire un choix.

Tout ceci pour insister sur le fait que l’intelligence se résume à la faculté de comprendre, de ne pas se méprendre sur le sens des mots, la nature des choses et la signification des faits. Je ne parle donc pas ici de culture, ni même de quotient intellectuel, mais bel et bien d’intelligence au sens propre (même si, par capillarité, l’intelligence induit une culture décente ainsi qu’un Q.I. non négligeable, n’est-ce pas !).

Dans le domaine professionnel, véritable microcosme aux saveurs épicées, les castes ne manquent pas. De la même manière que la société essaie tant bien que mal de vous caser quelque part (cadre sup. de classe moyenne élevée marié en pré-retraite, ou chômeur en fin de droit non-imposable surendetté), la sphère pro ne vous épargnera pas : dépressive de la compta, manager macho du marketing ou alors…  vous avez peut-être déjà eu la chance le malheur d’être étiquetté de la sorte : le nerd, le techos, le puits de science, Platon, le mec-qui-sait-tout, et j’en passe et des meilleures. En deux mots, le simple fait d’être intelligent vous marginalise, de manière directe ou indirecte, pour le meilleur, et souvent pour le pire.

Immergé depuis 5 petites années dans le monde pro, j’ai expérimenté assez de facettes pour conclure qu’il ne fait pas bon top en savoir. D’autant plus lorsque vous partez du principe que vous n’aimez pas les gens (je ne parle pas d’agoraphobie, mais d’allergie à la connerie humaine). Partez déjà du principe qu’étymologiquement, le travail signifie souffrance (du latin tripallium, ancien instrument de torture), n’attendez donc pas un orgasme quotidien dans l’entreprise. De plus, les gens sont une composante à ne pas négliger, ils sont là, c’est un fait ! À vous de composer avec eux pour dorer le blason de l’efficacité.

Parfois vous aurez le luxe de travailler seul, dans un service indépendant, ou même en freelance, mais tôt ou tard vous serez confronté à l’individu (et dans certains cas vous devrez les manager). Mieux vaut donc apprendre à se comporter, à défaut de s’y casser violemment les dents.

Se démarquer par sa vivacité d’esprit et son sens rapide de l’analyse est un gros atout, qui se révèle pourtant très frustrant. Avoir réponse à tout avant tout le monde est épuisant :

– personne n’est conscient que vous avez raison, pour la simple et bonne raison que vous êtes fatigué à l’idée d’expliquer le pourquoi du comment encore une fois, pourtant vous avez raison,

– le monde autour de vous semble vouloir avancer avec lenteur, déprimant,

– le fait de vouloir mettre les gens au niveau vous semble injuste, ce n’est que perte de temps,

– quoiqu’il en soit, vous énervez les gens (question : pourquoi les gens s’offensent alors que nous ne faisons qu’exposer des faits ?)

Si vous vous reconnaissez dans la liste ci-dessus, ou si vous travaillez avec un des profils mentionnés, v’là l’astuce : vous pouvez agir intelligemment OU être efficace, pas les deux. Vous pouvez avoir 100% raison, et ne pas être efficace pour autant.

Chose importante à noter : agir seul est impossible. À un moment donné, les « autres » se révèlent essentiel : soit pour vous aider, soit pour aller voir ailleurs.

Tout tient à l’influence : si vous ne pouvez pas influencer les gens, vous aurez à faire face à des murs, qui ne prendront jamais part à aucun projet si une urgence se présente (manque d’efficacité). Si vous souhaitez lier l’utile à l’agréable, mieux vaut ravaler votre rancoeur et inclure « les autres » au minimum dans votre univers, même si vous ne pouvez les concevoir autrement qu’un gros amas de perte de temps en substance.

Quelques pistes de réflexions :

Avant toute chose, mettez vous à leur portée, ralentissez, levez le pied ! Tout le monde ne pense pas comme vous, pas aussi vite que vous, laissez leur le temps d’ingérer.

Suscitez l’intérêt : vous vous rappelez le lycée ? Mais oui, ce con de prof qui posait une question, en y répondant sans attendre, alors que vous brûliez d’envie d’y répondre. Il en va de même dans la sphère professionnelle, n’annoncez pas la couleur trop tôt, essayez d’établir un contexte, d’amener les étapes une à une. N’assumez pas que vous savez d’ores et déjà d’où les meilleurs idées vont émerger, développez une attitude ouverte, basée sur le fait que vous pouvez apprendre de n’importe qui (oui je sais, c’est parfois dur à croire). Vous serez parfois surpris, d’autant plus que les gens aiment se sentir utiles.

N’entendez pas, écoutez : grosse nuance, on entend une mouche, on écoute la radio (toute la différence se résume dans la compréhension). Durant les réunions, laissez les autres s’exprimer avant de débouler violemment, ou de les réduire au silence parce que leur idée est saugrenue. C’est parfois difficile, je l’avoue, mais le temps (que vous estimez) perdu vous aura fait gagner quelques faveurs envers l’intéressé. Le fait de s’intéresser (ou de feindre l’intérêt, peu importe) à une personne en particulier ne paye pas forcément sur le moment, mais vous servira tôt ou tard.

Ne soyez pas méchant : ça peut paraître débile, mais la perception que les gens ont de vous se résume parfois à ça. Humour mal placé, ton trop autoritaire ou dédain maladroit et paf, vous êtes couronné « grand méchant ». Arrondissez légèrement les angles, et la perception que vous renverrez de vous s’adoucira d’autant plus : un soupçon de patience, une pincée de respect, un sourire et quelques merci, le tour est joué.

Fermez votre gueule : première leçon à je jamais oublier, que ce soit en société, dans le domaine affectif ou au boulot. Difficile à mettre en oeuvre, et pourtant si simple. Si vous vous trouvez dans une pièce remplie de débiles, de gens que vous supportez mal ou d’ingrats, essayez de passer en mode passif : fermez-là ! Les mots ne sont pas toujours utiles, vous pourrez toujours rétablir la justesse de par vos actions. Vous n’avez pas besoin de montrer que vous en savez plus que les autres à longueur de journée (même si c’est un fait), vous le savez, personne n’a demandé de preuves.

Grattez la surface : tout comme vous donnez à voir une facette de vous-même, vos collaborateurs sont soumis à la même loi. Quelqu’un de discret, de lent ou d’ingrat recèle peut-être en lui des merveilles (pas jusque là, mais parfois de bonnes surprises). Prenez le temps de connaître un peu mieux vos collègues, et ils se révéleront sous un autre jour (avec un impact positif sur les tâches quotidiennes).

Laissez le bénéfice du doute : gardez toujours à l’esprit que ce n’est pas parce que les gens ne brillent pas dans leur domaine, qu’ils ne sont pas « bons » à quelque chose. Il y a parfois des individus professionnellement gauches, incapables de quoique ce soit, mais socialement appréciés. En terme d’efficacité, mieux vaut donc les inclure dans l’équipe pour souder les rangs, et leur affecter une tâche de seconde zone. Autre exemple : le cliché du « relou » (il y en a toujours un), compère du PDG. Au lieu de l’envoyer bouler, serrez les dents et faîtes en sorte de l’inclure dans votre demande d’extension de budget, vous serez surpris !

Pour conclure, travailler seul est un luxe auquel peu de gens ont accès. Tôt ou tard, vous serez confronté aux « autres ». Même si Sartre pointe que « l’Enfer, c’est les autres », il ne faut pas perdre de vue que lorsque vous êtes en Enfer, vous vous devez d’avancer.

L’intelligence n’est finalement qu’une affaire de choix, vous avez le choix. Vous pouvez vous complaire dans votre solitude, votre aigreur et votre supériorité. Mais vous pouvez également expérimenter l’humilité, le partage et l’altruisme, ça fait pas mal, j’vous promets !

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.