iDorian
L’Œuf, une réflexion sur le sens de la vie… qui fait réfléchir !

L’Œuf, une réflexion sur le sens de la vie… qui fait réfléchir !

« Dans la vie, au début on naît, à la fin on meurt. Entre les deux il se passe des trucs… », comme dirait l’autre. S’il y a bien une question qui n’a jamais été résolue, c’est bel et bien celle du sens de la vie. Et pourtant, certains se sont penchés sur un élément de réponse, comme Andy Weir, dont la réflexion a été récemment illustrée par Jibé : une merveille !

Pour tous ceux qui ont eu la chance (ou pas) de goûter aux joies de la philosophie durant leur scolarité, le sens de la vie est probablement un des thèmes qui revient le plus au coeur des réflexions. Qu’elle ait un sens, ou qu’elle n’en ait pas, il n’empêche pas moins qu’elle interpelle, qu’elle interroge au plus profond. Le but ultime de la vie est-il individuel, ou collectif ? Vous avez 4 heures ! Mais avant ça, un peu de lecture :

Le 16 avril dernier, Jibé, illustrateur du blog Sans Emploi, a décidé de mettre en image la question philosophique du sens de la vie, à travers une adaptation de l’Oeuf, d’Andy Weir. La simplicité du trait, la mise en abîme de l’intrigue ainsi que la chute sont tout bonnement exquises, et je vous invite d’ailleurs à aller y jeter un oeil.

Concernant l’oeuvre originale, elle tient en quelques paragraphes, et je vous propose de la découvrir ci-dessous, traduite de l’anglais par A. Latendresse :

Tu revenais chez toi quand tu es mort.

C’était un accident de voiture. Rien de vraiment remarquable, mais quand même fatal pour toi. Tu laissais derrière toi une femme et deux enfants. C’était une mort sans douleur. Les ambulanciers avaient tout essayé pour te sauver, mais sans succès. Tes blessures étaient telles que c’était mieux comme ça, crois-moi.

C’est alors que tu m’as rencontré.

«Mais… qu’est-ce qui se passe? » as-tu demandé. « Où suis-je? »

« Tu es mort » ai-je simplement répondu. Inutile de ménager ses mots.

« Il y avait un… un camion et il dérapait… »

« Ouais »

 « Je… je suis mort? »

« Ouais. Mais ne t’en fait pas avec ça. Tout le monde meurt » ai-je dit.

Tu as regardé autour de toi. Il n’y avait que du vide. Juste toi et moi. « C’est quoi, cet endroit? » as-tu demandé. « C’est ça, la vie après la mort? »

« Plus ou moins »

« Es-tu Dieu? »

« Ouais » ai-je répondu. «Je suis Dieu.»

« Mes enfants… ma femme… »

« Oui, quoi? »

«Est-ce que tout va bien aller pour eux?»

« C’est ce que j’aime entendre, » ai-je dit. « Tu viens de mourir et ce qui te préoccupe le plus, c’est ta famille. C’est très bien, ça. »

Tu m’as regardé avec fascination. Pour toi, je ne ressemblais pas à Dieu. Je n’avais l’air que d’un homme normal. Ou alors une femme. Une vague figure d’autorité, peut-être, plutôt comme un professeur de grammaire que le Tout-Puissant, disons.

« Ne t’en fais pas, » ai-je dit. «Ils vont bien. Tes enfants se souviendront de toi comme quelqu’un de parfait. Ils n’auront pas eu le temps de développer le moindre mépris pour toi. Ta femme va pleurer et porter le deuil, mais elle se sentira secrètement soulagée. Il faut dire que votre mariage battait de l’aile. Si ça peut te consoler, elle se sentira très coupable d’être soulagée.

« Oh. Alors, qu’est-ce qui se passe maintenant? Est-ce que je vais aller au paradis, ou en enfer ou je sais pas… quelque chose d’autre? »

« Rien de tout ça » t’ai-je dit. « Tu vas être réincarné. »

« Ah, donc c’est les Hindous qui avaient raison. »

« Toutes les religions ont raison à leur façon. Marche avec moi. »

Tu m’as suivi en marchant à travers le vide. « Où allons-nous? »

« Nulle part en particulier » ai-je dit. « C’est agréable de marcher en discutant, c’est tout. »

«  Alors, quel est le but de tout ça? » as-tu demandé. « Quand je vais renaître, je vais être une page blanche, c’est ça? Un bébé. Et toutes mes expériences, tout ce que j’ai fait dans cette vie n’auront servi à rien. »

« Mais non! Tu as en toi toute la connaissance et les expériences de tes vies passées, même si tu ne t’en souviens pas pour l’instant. »

Je me suis arrêté et je t’ai pris par les épaules. « Ton âme est encore plus magnifique, immense et superbe que tu ne peux l’imaginer. Un esprit humain ne peut contenir qu’une infime fraction de ce que tu es. C’est un peu comme mettre le bout de son doigt dans un verre d’eau pour tester la température. Tu mets une petite partie de toi dans une contenant, et quand tu en ressort, tu as acquis toute l’expérience que tu pouvais en tirer. »

« Tu étais dans un être humain ces 48 dernières années, alors tu n’as pas encore pris conscience de l’immensité de ton esprit. Si nous restions ici assez longtemps, tu commencerais à te souvenir de tout. Mais c’est inutile de faire ça entre chacune de tes vies. »

« Combien de fois me suis-je réincarné, alors? »

« Oh, souvent. Très, très souvent. Et dans des vies très différentes» ai-je répondu.  « Cette fois, tu seras une jeune paysanne chinoise en 540 AD. »

« Attends, quoi? » as-tu balbutié. « Je vais être renvoyé dans le temps? »

« Bien, techniquement, j’imagine que oui. Le temps, tel que tu le connais, n’existe que dans ton univers. Les choses sont bien différentes là d’où je viens. »

« Là d’où tu viens? »

« Bien sûr, » ai-je expliqué. « Je viens de quelque part. Quelque part, ailleurs. Et il y en a d’autres comme moi. Je sais que tu voudrais savoir comment c’est, là-bas, mais honnêtement, tu ne pourrais pas comprendre. »

« Oh » as-tu dit, un peu déçu. « Mais attends, si je me réincarne à un autre moment dans le temps, je suis peut-être entré en contact avec moi-même à un moment? »

« Bien sûr. Ça arrive tout le temps. Et comme chacune de tes vies n’est consciente que de sa propre existence, tu ne sais jamais que c’est en train d’arriver. »

« Alors, quel est le sens de tout ça? »

« Sérieusement? » t’ai-je demandé. « Sérieusement? Tu me demandes quel est le sens de la vie? Tu ne trouves pas ça un peu cliché?»

«C’est une question raisonnable» as-tu persisté.

Je t’ai regardé droit dans les yeux. «  Le sens de la vie, la raison pour laquelle j’ai créé tout cet univers, c’est pour que tu mûrisses. »

« Tu veux dire, l’humanité? Tu veux que les humains mûrissent? »

« Non, juste toi. J’ai créé tout cet univers pour toi. A chacune de tes nouvelles vies, tu grandis, tu mûris, et ton esprit devient plus large et plus brillant. »

« Juste moi?? Et tous les autres ? »

« Il n’y a personne d’autre. » ai-je dit. « Dans cet univers, il n’y a que toi et moi. »

Tu m’as fixé longuement. « Mais tous les gens, sur terre… »

« Toujours toi. Différentes réincarnations de toi. »

« Attends. Je suis… tout le monde?! »

« Tu commences à comprendre!» t’ai-je dit en te félicitant d’une tape dans le dos.

« Je suis tous les êtres humains ayant jamais vécu? »

« Ou qui vivront, oui,»

«Je suis Abraham Lincoln?»

«Et tu es John Wilkes Booth, aussi» ai-je ajouté.

«Je suis Hitler?» as-tu dit, consterné.

« Ainsi que les millions qu’il a tué. »

« Je suis Jésus? »

« Et tous ceux qui l’ont suivi. »

Tu es resté silencieux.

« Chaque fois que tu as fait du tort à quelqu’un, tu te faisais du tort à toi-même. Chaque acte de bonté que tu as posé, tu l’as fait à toi-même. Chaque moment heureux ou triste vécu par un humain a été, ou sera, vécu par toi. »

Longtemps, tu as réfléchi en silence.

« Pourquoi? » as-tu finalement demandé. « Pourquoi faire tout cela? »

« Parce qu’un jour, tu deviendras comme moi. Parce que c’est ce que tu es. Tu es l’un des miens. Tu es mon enfant.»

«Whoa» as-tu dit, incrédule. « Tu veux dire que je suis un dieu? »

« Non, pas encore. Tu es un fœtus. Tu es encore en train de grandir. Quand tu auras vécu chaque vie humaine à travers le temps, tu auras suffisamment  grandi pour pouvoir naître. »

« Donc tout cet univers, en fait, ce n’est que… »

« Qu’un œuf.» ai-je répondu. « Maintenant, il est temps pour toi de continuer jusqu’à ta prochaine vie. »

Et je t’ai fait continuer ton chemin.

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.