iDorian
L’industrie du jeu vidéo prend-elle les joueurs pour des cons ?

L’industrie du jeu vidéo prend-elle les joueurs pour des cons ?

Question oratoire à 100%, pour amener de manière totalement assumée un gros coup de gueule en ce qui concerne l’évolution du business model et des pratiques relatives à l’industrie du jeu vidéo actuelle. Entre les DRM, les déprogrammations, les tarifs appliqués et j’en passe, il y’a de quoi péter une durite…

Quelque soit la génération à laquelle vous appartenez, le constat est sans appel : le jeu vidéo n’est plus ce qu’il était. J’ai de nombreuses fois réagi sur cette problématique en évoquant par exemple la mort prochaine du jeu vidéo tel qu’on l’a connu ou lorsque je m’alarmais devant la casualisation inévitable qu’entraînaient les nouvelles pratiques.

Hier, PC Inpact relayait d’ailleurs une étude selon laquelle le secteur des jeux vidéo tendait à se féminiser, et ce à une vitesse folle (ce qui n’arrange absolument pas nos affaires, sans vouloir être misogyne).

Quand Ubisoft déprogramme  une sortie PC pour lutter contre le piratage

I am alive, nouveau titre de la maison Ubisoft orienté action/aventure était censé sortir (comme ses semblables) à la fois sur PC, sur PS3 ainsi que sur Xbox. Jusque là rien d’anormal, sauf que lors d’une interview sur le site IncGamers, Stanislas Mettran, en charge du jeu, a vomi sa haine et ses propos fiéleux à l’encontre des joueurs de PC qui selon lui sont en majorité des « pirates » qui n’achètent que très peu de jeu et n’attendent des nouveaux titres que pour les piller.

Naturellement, la communauté n’a pas tardé à réagir et notre cher Stanislas en a remis une couche en affirmant que malgré les réactions suite à sa décision, il persiste et signe : le piratage est la raison principale pour laquelle I am alive ne sortira pas sur PC.

En jettant un coup d’oeil rapide à tout ce qui se rattache aux gamers PC, on constate quand même que :

– le chiffre d’affaire de Steam et Origin, pour ne citer qu’eux, est en constante évolution : le marché se porte donc très bien,

des joueurs ont offert plus de 3 millions de dollars pour financer un jeu, en l’occurrence Adventure, produit par Double Fine Productions,

– les coûts de production d’un jeu sur PC sont nuls, lorsque multi-platerformes puisque par essence, un jeu programmé sur PC tournera logiquement sur PC,

– si les « pirates » sont si cruels, les versions Xbox et PS3 seront elles aussi piratées.

Je pourrais également mentionner Mojang, Humble Bundle et bien d’autres exemples, mais je pense qu’Ubisoft a déjà une sale réputation, et ce depuis de très nombreuses années.

Quand Blizzard transforme une légende en système capitaliste libéral

Le tant attendu Diablo 3 débarquera le 15 mai prochain (ça c’est la bonne nouvelle) en intégrant pour la première fois un hôtel des ventes permettant des transactions réelles (voilà la mauvaise nouvelle).

En deux mots : les joueurs auront la possibilité de mettre en vente, contre de l’argent réel, l’or et les objets qu’ils auront looté en jeu. Le système sera entièrement sécurisé et les objets achetés seront automatiquement accessibles dans le coffre de l’acheteur. Tout se déroulera directement depuis le jeu, plus besoin d’en sortir et d’aller sur internet pour ses transactions.

L’argument avancé par Blizzard est maigre : lutter contre le piratage (encore et toujours), sachant que ce système est optionnel. Deux arguments complètement cons : Blizzard, en 7 ans de jeu, n’a jamais réussi à empêcher les farmeurs chinois de pourrir les canaux et de vendre de l’or sur World Of Warcraft, c’est pas demain la veille qu’ils arriveront à avoir la main mise sur les transactions de Diablo III.

En outre, invoquer le caractère « optionnel » pour un jeu de cette envergure est juste débile, vu que tout se joue sur l’optimisation, les transactions aidant grandement le but ultime : entre farmer 3 jours pour looter des bottes en cuir de chameau ou acheter les dernières bottes d’écuyer flamboyant en plaques gangrénées, la question ne se pose pas… Je ne mentionne même pas l’aspect PVP du jeu, qui sera totalement déséquilibré, justement à cause de l’écart que va créer l’hôtel des ventes.

Dernier aspect : je pense très sincèrement qu’il ne faut jamais au grand jamais mélanger un divertissement avec l’appât du gain. Premièrement quand on connaît les dégâts que peuvent causer les MMO seuls, et deuxièmement quand on connaît les dangers des jeux d’argent : les deux ensembles promettent un cocktail explosif.

Quoiqu’il en soit, l’industrie du jeu vidéo est bel et bien en train de changer, pour le meilleur et surtout pour le pire. Reste à prier pour que des initiatives nouvelles voient le jour, comme ce fût déjà rarement le cas..

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.

  • RoS

    Et moi qui te pensais sûr de notre passion commune et de son avenir… enfin, on garde espoir en espérant des jours meilleurs où les éditeurs/producteurs penseront à faire plaisir aux communautés de joueurs plutôt qu’à leurs actionnaires.

    L’humain se débilise et devient un assisté, c’est un fait (comme le reprend ironiquement ce factuel exemple : 
    http://d24w6bsrhbeh9d.cloudfront.net/photo/3139066_700b.jpg  ). Pas du jour au lendemain certes, mais d’année en année, génération après génération, tout s’accélère au point où les nouvelles générations trouvent cela tout à fait normal et usuel de faire tourner la pompe à fric à coups de DLC. C’est un constat alarmant car ce ne sont même plus les éditeurs qui se défendent… mais bien des joueurs eux mêmes qui trouvent ces pratiques tout à fait légitimes. Oui, j’ai vu plusieurs membres d’un forum plaider en la faveur d’Ubisoft concernant la déprogrammation de prochain jeu « I am alive », qu’il ne fallait pas s’étonner qu’un jeu ne sorte plus sur PC mais uniquement sur console, que le piratage est un fléau, et qu’on ne pouvait s’en prendre qu’à nous même… Visiblement, n’ont pas les yeux en face des trous.

    Entretenir la durée de vie d’un jeu, c’est bien. Mais faire payer tout au long de l’année pour des jeux de plus en plus court
    c’est du racket homéopathique ; la saga Modern Warfare étant le plus bel exemple, surtout avec le dernier opus que j’ai fini en mode difficile en 5h (acheté à 15h le jour de sa sortie, fini à 18h) et en faisant des pauses. Plus récemment, le très attendu Mass Effect 3, chapitre final d’une fantastique épopée intergalactique, a laissé la plupart des fans sur leur faim à cause d’une fin finalement simplifiée… c’est très fin ! Mais rassurez-vous, un DLC sortira bientôt pour proposer la fin originale… 

    http://troll-face.fr/wp-content/uploads/2012/03/Kids-like-video-games.jpg 

    Bref, il y a d’un côté les joueurs passionnés et réfléchis, de l’autre les joueurs compulsifs et à côté de la plaque… 

    A titre de comparaison, prenons un hit de la précédente décennie et un hit actuel, dans la limite du comparable : Half-life et Battlefield 3. Pour avoir joué aux deux, voici les faits :

    Half-life (1998) : graphismes 3D novateurs, scénario novateur, longue durée de vie (pour ma part, 3 semaines en y jouant tous les soirs en rentrant de cours), jouabilité relevant du défi (aucun indice en surbrillance, jauge de vie à soigner, munitions/armes rares), des mises à jours avec de nouveau mods officiels (Team Fortress Classic), des patches correctifs avec des nouvelles maps et nouvelles skins (apparences) pour les personnages et armes, des serveurs de jeux privés que l’on pouvait lancer depuis n’importe quel ordinateur/serveur, gratuitement chez soi, avec des règles et paramètres changeables à la volée pour satisfaire tous les désirs, jouer en réseau local sans connexion internet obligatoire, des centaines voire milliers de mods/total-conversions solo et multijoueurs gratuits développés par les fans, dont le premier payant fut Counter-Strike, initialement gratuit sur internet, puis payant en version « boite » en magasin, et finalement payant via… Steam, futur bulldozer qui signa la fin du développement amateur. Le plus drôle dans tout ça, c’est qu’à l’époque, on se moquait de ces pigeons qui payaient pour s’acheter un mod gratuit. Quoi de plus idiot ?

    Battlefield 3 (2011) : graphismes époustouflants, scénario basique qui ne donne pas forcément envie d’y jouer jusqu’au bout, durée de vie très courte, jouabilité simplifiée (ralentis, indications à l’écran, surbrillances d’indices, jauge de santé infinie), des patches au compte goutte n’apportant que des modifications minimes, des add-ons à acheter (packs d’armes, de tenues, de dogtags…), un mod coop bâclé façon arcade (type Time Crisis : enchaînement de scénarios basiques sur rails et sans surprises), des serveurs privés dans lesquels ils est rare d’avoir un quelconque contrôle ou personnalisation (à part annoncer dans le Tchat « Bi1venu sur Noobland ! On recrute lol ») et qui se doivent d’être à jour et uniforme selon la volonté imposée d’EA Games.Voilà, quand on pèse le pour et le contre, je suis bien content d’avoir connu et acheté Half-life, passé des années à prendre du plaisir en expérimentant des nouveautés en toute liberté. Je ne crache pas sur Battlefield 3 qui reste un excellent divertissement (ou défouloir) en soi, mais la politique qui reigne autour et qui régit son évolution (pour ne pas dire sa consommation) me répugne. Jamais je n’ai connu un jeu avec une telle liberté d’action In-game qui pourtant me donne l’impression d’être un joueur emprisonné dans la vie réelle.

    http://d24w6bsrhbeh9d.cloudfront.net/photo/465360_700b.jpg 

    • iDorian

      Comme je t’en avais déjà parlé succinctement, je pense très sincèrement que l’industrie (en
      général) a trop été habituée à un cycle marketing basée sur : une
      production originale, des ventes phénoménales en magasins, suivies de
      production de spin-off (cf. Assassin’s Creed). Comme pour la musique, le
      support CD (fermé, propriétaire, toussa) est ancré dans leur stratégie,
      et les canaux de diffusion moderne les effraient.

      L’exclu console leur permet d’assurer la pérennité de leur business, le
      jeu est relativement fermé, peu de gens s’emmerdent à moder leur
      console, et finalement, ils s’y retrouvent financièrement.

      Après faut juste pas généraliser, même dans des grosses maisons du genre
      Ubisoft (que je critique pourtant ouvertement pour la connerie maladive de son représentant), y’a encore des départements qui se donnent du mal. Je pense
      notamment à la franchise Rayman, qui sort sur une pléthore de supports,
      y compris le PC.

      Et de toutes façons, certains précurseurs comment à immerger et à
      s’imposer. Notamment Valve, qui a déjà foutu un gros coup de pied dans
      la fourmilière, et qui projette de sortir une console basée sur Steam.
      Tôt au tard, les grands manitous devront s’aligner pour éviter de se
      faire bouffer.

      Et quand tu vois que Microsoft tend vers une unification du Xbox Live
      via Windows 8, tu constates que le jeu PC n’est pas mort. Il tend à
      évoluer, mais est freiné comme l’industrie de la musique depuis des années.

      Je pense que c’est un faux problème, tout est lié au système capitaliste
      dans lequel nous baignons. La concurrence n’a jamais eu sa place dans ce
      monde, et elle est pourtant essentielle à un certain équilibre, une
      certaine innovation.

      Quoiqu’il en soit, j’ai bon espoir malgré tout. Y’aura toujours des
      marginaux qui arriveront à se démarquer (Mojang, Valve, Riot, Rovio…). 

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