iDorian
Le rouge, une histoire haute en couleur

Le rouge, une histoire haute en couleur

Utilisé avec modération dans le domaine de la communication, le rouge est pourtant l’une des couleurs les plus puissantes et les plus chargées culturellement. Mais quelle est donc l’histoire de ce merveilleux pigment ? Quelles perceptions en sont issues ? Quelle symbolique s’y rattache ?

Au XVIe siècle, une partie de l’Europe s’enflamme soudainement pour un colorant rouge tout juste importé d’Amérique par l’Espagne. Le vêtement pourpre, écarlate, ou cramoisi était jusqu’alors réservé aux riches et aux puissants, car particulièrement rare et coûteux. Seule une poignée de substances naturelles permettait en effet d’obtenir cette couleur.

Mais en 1519, les conquistadors découvrent sur les places de Mexico une poudre étonnante, vendue par les marchands astèques et donnant une sublime teinture. La cochenille rencontre alors un vif succès en Europe : elle est prisée tant par les teinturiers que par les peintres, utilisée aussi bien comme cosmétique qu’en guise d’antidépresseur.

Toutefois, personne ne sait vraiment à quoi elle ressemble avant d’être réduite en poudre. Ces granulés rugueux et secs proviennent-ils d’un végéral, d’un animal ou d’un minéral ? L’Espagne, qui a la mainmise sur ce marché lucratif, garde jalousement le secret. Pendant près de deux siècles, les esprits les plus brillants du vieux continent vont donc s’interroger. Les académies de Londres, La Haye ou Paris participent à la controverse.

Et l’arrivée du microscope, loin de départager les savants, va raviver la polémique : en 1685, après examen à travers une de ces lentillles dont il est devenu un expert, le Néerlandais Van Leeuwenhoek parle du « fruit d’un arbre » ! La cochenille, dont le pigment est issu, n’est pourtant qu’un insecte trois fois plus petit qu’une coccinelle…

Chromatie, colorimétrie et perception

Il répond à différentes définitions, selon le système chromatique dont on fait usage. C’est l’une des trois couleurs primaires de la synthèse additive (comprenant le rouge, le vert et le bleu). Sa couleur complémentaire est le cyan vif RVB (sorte deturquoise obtenu par mélange des lumières verte et bleue).

En synthèse soustractive (qui est le système de restitution des couleurs dans l’imprimerie ou dans les imprimantes couleur) c’est une couleur composée obtenue en mélangeant le magenta et le jaune à 100 %. Sa couleur complémentaire est le cyan.

Les daltoniens de type III confondent le vert et le rouge. Le cône L de l’œil humain est le plus sensible au rouge. C’est la couleur qui excite le plus le cône de l’œil humain après le jaune. La longueur d’onde moyenne de la lumière rouge visible est de 630 à 780 nm.

La plupart des vertébrés sont très peu sensibles aux couleurs ou alors de façon très rudimentaire, car leurs rétines sont composées majoritairement de bâtonnets, une famille de cellules sensibles à la lumière (photorécepteurs). Or, les bâtonnets contiennent tous le même pigment dont le maximum d’absorption est situé entre le vert et le bleu. Le taureau, la souris ou encore le lapin confondent donc le rouge et le noir.

Symbolique, histoire et culture

Il désigne le point cardinal Sud depuis la plus haute antiquité, le latin Punique et le grec Phoenix désignant la culture du sud de la méditerranée et l’oiseau mythique Rokh ou Simurgh de l’hémisphère austral ainsi que la mer Rouge d’après la traduction littérale de la toponymie des cartes des civilisations anatoliennes;

Le rouge est ambivalent dans la symbolique occidentale :

– l’amour, la passion, le sang, l’érotisme car le rouge est la couleur du sang, des muscles, de la bouche, des lèvres, du sang versé par l’ennemi, du cœur (à la fois muscle et pompe sanguine), ainsi que du feu qui crépite, des braises.

– la régénérescence (le phénix), la chaleur accueillante, l’appétit, la vie, la force vitale, la fête, le spectacle (décoration des théâtres et des opéras rouge et dorée).

– le luxe, la richesse, les émotions associées (plaisir et désir mais aussi honte et timidité), la luxure (couleur des maisons closes, des prostituées), l’amour divin.

– le diable (dans l’Égypte ancienne Seth, le destructeur, est en rouge), la tentation, le feu, la destruction, la mort (le sang versé), la chaleur cuisante, lesémotions associées (« rouge de colère », « voir rouge », l’égoïsme, la haine, l’amour infernal).

Peu présente dans la nature et sa rareté en faisant une couleur d’exception, il symbolise la puissance, le pouvoir, la souveraineté (empereur de Rome, cardinaux, robes de magistrats), l’aristocratie (alors que c’est le jaune dans les cultures asiatiques), la noblesse. Dans ce cas, le rouge peut aller jusqu’au pourpre.

Dans les textes sacrés des Chrétiens, des Égyptiens, des Hébreux et des Arabes, le rouge est associé au feu et à l’amour divin et symbolise la divinité et le culte. Dans la liturgie catholique romaine, le rouge est revêtu par le prêtre pour les offices des fêtes du Christ (dimanche des Rameaux, Vendredi-Saint, etc), des fêtes de l’Esprit-Saint (Pentecôte, célébration du sacrement de Confirmation, etc), c’est aussi la couleur qu’il porte pour honorer la mémoire des apôtres, des évangélistes et des martyrs.

Au niveau psychologique, le rouge représente la joie de vivre, l’optimisme, la vigueur, l’instinct combatif et ses tendances agressives, la pulsion sexuelle, le désir amoureux, la passion, le besoin de conquête…

Une étude, réalisée par des scientifiques des universités de Munich (Allemagne), de Southampton et de Rochester (Angleterre), d’Innsbruck (Autriche) et de Tianjin (Chine) et parue dans le Journal of Experimental Psychology: General publié par l’American Psychological Association, s’est penchée sur la symbolique du rouge.

Un panel de femmes devait noter entre 1 et 9 des photographies d’hommes dont les couleurs de fond ou du tee-shirt variaient. Il s’est avéré que les hommes en rouge étaient jugés plus charmants et plus attirants sexuellement que les autres, alors qu’ils ne paraissent pas plus agréables ou sympathiques que des hommes en vert, bleu ou blanc. Sept expériences ont mis en évidence cet effet, sur des femmes de quatre pays différents ; celui-ci survient que le rouge soit la couleur de fond ou celle du tee-shirt. Il a par ailleurs été établi que le rouge donnait aux femmes le sentiment que l’homme avait un statut social plus élevé.

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.

  • Mathieu LB

    Merci pour cet article instructif !

  • Franck | Papa Blogueur

    Très intéressant, j’ai apprécié la partie historique.
    Tiens en passant, la première voiture de ma femme était rouge. A l’époque, son assurance voiture lui a annoncé la bouche en coeur qu’elle paierait plus que pour les autres couleurs de voiture. Pourquoi ? Parce que le rouge est agressif, et que dans les stats, il y avait plus de voitures rouges accidentées que les autres… O_o