iDorian
Streaming et DDL dans le collimateur des FAI

Streaming et DDL dans le collimateur des FAI

Depuis quelques semaines, de nombreux internautes ont eu la surprise de constater que leur débit accuse une petite baisse de régime dès lors qu’ils téléchargent en Direct Download, ou regardent un film en streaming. Enquête sur cette pratique obscure…

La nouvelle est tombée officiellement il y a quelques semaines, via Numerama, qui annonçait que Free briderait le streaming et les sites de téléchargement direct. En parallèle d’un article assez fourni, qui reste cependant hypothétique, les réactions des utilisateurs, elles, ne mentent pas.

De nombreuses captures d’écrans témoignent d’un débit profondément ralenti lorsqu’il s’agit de sites (ou d’actions) bien précis(es), comme par exemple YouTube, les sites de Catch-Up TV, et naturellement les plateformes de téléchargement direct.

Cependant, Free n’est pas le seul à jouer avec le robinet ! Il y a quelques minutes, le site SeriesLive.com a révélé que SFR s’adonerait également à ses pratiques, en ne visant qu’un seul acteur majeur : MegaUpload.

En dehors de la pratique en elle-même, qui peut rapidement agacer, c’est la neutralité des FAI qui est mise en cause. En effet, selon l’article D 98-5 du Code des Postes et Communications Électroniques, ladite neutralité est exigible, quelque soient les circonstances :

« I. – Respect du secret des correspondances et neutralité.

L’opérateur prend les mesures nécessaires pour garantir la neutralité de ses services vis-à-vis du contenu des messages transmis sur son réseau et le secret des correspondances.

A cet effet, l’opérateur assure ses services sans discrimination quelle que soit la nature des messages transmis et prend les dispositions utiles pour assurer l’intégrité des messages. »

Mais pourquoi les fournisseurs d’accès brident-ils le débit ? Je vous le donne en mille : c’est une question purement financière, qui réside dans le coût généré par la bande passante. La bande passante est un intervalle de fréquences pour lesquelles la réponse d’un appareil est supérieure à un minimum. Elle est généralement confondue avec la largeur de bande passante qui mesure cet intervalle.

Internet a fondamentalement changé et cela n’a rien à voir avec le peer-to-peer, dont le trafic aurait chuté de 40 à 18% (encore une claque à Hadopi), ni avec le Web 2.0, ou si en fait. Le Web 2.0 c’est YouTube à donf. Les utilisateurs s’emparent d’Internet et font vivre le réseau par leur contribution. En échange, « le réseau » leur offre la gratuité pour leur oisiveté, dans les limites des lois.

Le Web 2.0 a donc soudainement revêtu un nouveau costume, celui de l’augmentation considérable du trafic, surtout que YouTube et consorts se sont mis à diffuser en HD, un ogre de la bande passante. Mais Internet est avant tout affaire de « back bone », son épine dorsale, par où passe la grosse quantité d’informations, les 75 milliards de vidéos de YouTube en augmentation constante, entre autres. La structure des ramifications issues de cette épine dorsale a fondamentalement changé et le prix de la bande passante s’est effondré, amenuisant considérablement les marges des FAI.

Peu médiatisée en France, la question du partage des coûts de la bande passante est déjà discutée aux USA et en Grande-Bretagne. Les FAI anglais veulent que la chaîne BBC assume une partie du financement de la bande passante consommée par son service de vidéo à la demande iPlayer. Un refus pourrait être sanctionné par un bridage pour pénaliser les flux de données trop gros.

La bande passante deviendrait-elle un bien rare et précieux ? Internet ne va certes pas craquer du jour au lendemain, mais il est vrai que les réseaux sont aujourd’hui victimes du « boom » des sites de partage de contenus. Ces contenus vidéos, voraces en bande passante, vont-ils inciter les FAI à revoir leur politique d’échange de trafic (peering) ? Le coût croissant de la bande passante remettra-t-il en cause l’accès illimité aux contenus du web à 30€ par mois ? Les sites YouTube ou Dailymotion arriveront-ils à générer assez de revenus publicitaires pour financer le peering ? A défaut de réponses, la bande passante reste sous surveillance.

L'auteur : iDorian

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.

  • Fatch

    Note intéressante, mon FAI (SFR) bride bien ma connexion sur MegaUplaod la journée, cependant j’ai pu remarquer que mes downloads (de distribution Linux) étaient en full bande passante, comme ici à 6 du mat’ ! Je verrais demain et les jours suivants pour vérifier les plages d’horaires.